Le liner est le support siliconé sur lequel une pièce adhésive reste jusqu’à sa pose. Il porte la pièce, il la maintient en position et il la libère à une force donnée. Sur une ligne automatisée, c’est lui qui décide si la pièce se décolle proprement ou si la machine s’arrête, avant même que la colle entre en jeu.
Le liner, c’est quoi exactement ?
Deux éléments le composent. Un support, papier ou film, qui apporte la tenue mécanique et l’épaisseur. Et une couche de silicone déposée sur la face qui touche l’adhésif, dont l’énergie de surface est assez basse pour que la masse adhésive n’y accroche pas durablement. C’est cette couche qui permet à la pièce de se séparer proprement, au moment voulu. Sans elle, la pièce resterait sur son support.
Le même objet porte plusieurs noms selon l’interlocuteur : liner, dorsal, support dorsal, papier siliconé, protecteur, et release liner en anglais. Dans une nomenclature client, il figure souvent au rang d’emballage, ce qui explique une partie des malentendus décrits plus loin.
Ce que le liner fait, en plus de porter la pièce
Dans un cahier des charges, le liner n’apparaît presque jamais. La pièce est spécifiée par sa matière, ses dimensions et sa tolérance, et le support passe pour un emballage. Tant que la pose est manuelle, ça tient. Dès qu’une machine prend le relais, le support devient une pièce du process, au même titre que la bande.
Quatre fonctions se superposent sur ce papier ou ce film.
- Il tient la pièce, qui n’a par elle-même ni rigidité ni planéité.
- Il fixe le pas et l’orientation dans la bande. Une machine de pose ne cherche pas la pièce : elle avance d’un pas connu.
- Le siliconage règle la force de séparation. Trop élevée, la pièce se déforme avant de partir. Trop faible, elle se décolle toute seule dans la bobine.
- Et il encaisse le trajet machine : galets, lame de pelage, traction, vitesse, sans se rompre ni s’allonger.
Ces quatre fonctions ne désignent pas toutes le même support. C’est pourquoi il faut choisir le support en même temps que le mode de pose.
Les familles de liner et ce qu’elles changent
Le marché tourne autour de deux grandes familles, le papier siliconé et le film polyester. Le kraft couché sert surtout les usages manuels et les applications en feuilles.
| Famille | Épaisseurs et grammages | Ce que le fabricant en dit |
|---|---|---|
| Papier siliconé (glassine) | de 46 à 69 µm selon le grade, soit 50 à 80 g/m² (46 µm pour 50 g/m², 69 µm pour 80 g/m²) | Le matériau le plus courant, à plus de 70 % des supports dorsaux. Meilleur support pour la découpe de petites étiquettes et pour la découpe laser, avec des propriétés translucides adaptées aux poses automatiques. 52 % des supports papier sont recyclés en Europe. |
| Film polyester (PET) | 23 et 30 µm en rPET à 30 % de contenu recyclé, 36 et 50 µm en PET | Haute solidité et résistance à l’humidité. Performances constantes à haute vitesse et repérage qualifié d’excellent, ce qui le désigne pour la distribution rapide de petites étiquettes. 25 % des supports PET sont recyclés en Europe. |
| Kraft blanchi couché | grades HF55, HF80, HF100 et HF140 | Distribution manuelle, applications en feuilles, étiquettes d’adresse et d’expédition, pliage en paravent à haute vitesse. Faible sensibilité à l’humidité. Le guide ne le présente pas pour la pose automatisée de pièces découpées. |
Les trois colonnes de ce tableau reprennent le guide technique Avery Dennison consacré aux matériaux de support dorsal, Europe, édition 2021. Les valeurs correspondent aux grades du catalogue de ce fabricant : elles donnent un ordre de grandeur du marché, pas une spécification universelle.

À prix courant, le polyester coûte plus cher que le papier. Cadence élevée, petites pièces, atelier dont l’hygrométrie échappe : l’écart s’y justifie. Ailleurs, le papier fait le travail.
Là où ça casse, en production
La découpe est descendue trop bas dans le support
Une pièce adhésive se découpe le plus souvent en mi-chair : la lame traverse la matière et l’adhésif, entame le liner, s’arrête avant de le traverser. Descendez un peu trop bas et vous laissez une amorce de rupture que l’œil ne voit pas. Elle cède au dévidage, sous traction, donc en production, après que le contrôle a laissé passer la bobine. Nous avons détaillé le sujet dans notre article sur la découpe mi-chair et la découpe pleine chair.
Le chemin machine ne convient pas au support
Chaque applicateur a son rayon de pliage et son angle de pelage. Un support qui se tient bien sur une pose lente peut se rompre sur une machine rapide au rayon serré. Il peut aussi libérer la pièce trop tard et la faire partir de travers. C’est pourquoi la référence de la machine a sa place dans la demande de devis, au même titre que le plan de la pièce.
Le pas et le repérage ont bougé
Une machine avance d’un pas. Si le support s’est allongé sous traction, ou s’il a travaillé avec l’humidité de l’atelier, la pièce n’est plus là où la machine l’attend et les poses se décalent. Mesurez le pas en début et en fin de bobine : l’écart désigne le support, là où le réflexe est d’accuser la colle.
Personne n’a prévu comment attraper la pièce
Sur une pose manuelle, l’opérateur doit pouvoir saisir la pièce sans laisser d’empreinte sur l’adhésif. Un onglet de préhension, une refente du support sous la pièce, un décalage de découpe : trois réponses possibles, et toutes se décident au moment de la conception de l’outil. Demandez-les au chiffrage plutôt qu’après la première livraison. Nous décrivons la composition de la bande, couche par couche, dans notre article sur les couches d’une étiquette adhésive.
Cinq informations à donner à votre transformateur
Une demande qui dit « du double face découpé aux dimensions du plan » laisse le choix du support à la personne qui chiffre. Ces cinq lignes ramènent la décision chez vous.
| Ce que vous donnez | Ce que ça décide |
|---|---|
| Le mode de pose manuelle, semi-automatique ou robotisée |
La famille de support. Un liner qui va bien à la main ne tiendra pas forcément une cadence. |
| La marque et le modèle de l’applicateur | Le rayon de pliage et l’angle de pelage à respecter, donc l’épaisseur et la nature du support. |
| Le sens de dévidage et le pas souhaité | L’orientation de la pièce dans la bande, la conception de l’outil et le repérage. |
| Les conditions d’atelier et de stockage | L’arbitrage entre un support papier et un support polyester, si l’hygrométrie n’est pas maîtrisée. |
| Le diamètre de mandrin et l’encombrement admis | La longueur de bobine, donc le nombre de changements de bobine par poste. |
Aucune de ces informations ne concerne la pièce. Elles concernent la ligne sur laquelle elle sera posée, et c’est pour ça qu’elles arrivent souvent tard, quand la pièce est déjà validée. Sur une application d’assemblage par adhésif technique, le support appartient au dossier autant que la matière.

Liner, linerless, et pourquoi la question ne se pose pas de la même façon sur une pièce technique
Le mot liner est aujourd’hui surtout associé au linerless, ces étiquettes sans support dorsal qui suppriment le déchet de siliconé. La question du déchet est réelle, et le papier se recycle mieux que le polyester, selon les chiffres européens du guide cité plus haut.
Le linerless répond pourtant à un autre problème : une étiquette imprimée, posée en continu sur un contenant, sans forme découpée. Une pièce découpée à sa forme, elle, a besoin d’un support pour être manipulée et posée. C’est lui qui la tient à sa géométrie et à son pas entre la découpe et la pose. En règle générale, la question sur une pièce technique porte donc sur la famille de support et sur son recyclage, plutôt que sur sa suppression.
La distinction vaut aussi pour le diagnostic. Un défaut d’adhérence se cherche du côté de la surface et de la matière, comme dans notre article sur les cinq causes réelles du décollement d’une étiquette. Un défaut de pose se cherche du côté du support et du chemin machine. Les deux se confondent souvent au moment des premières hypothèses.
Sur les programmes de la mobilité et de l’automobile, où la pose est fréquemment automatisée, le support devient une caractéristique de la pièce et se fige avec elle. Selon le référentiel du programme, changer de famille de liner après validation peut relever de la gestion des modifications, avec le dossier qui va avec. Matière et support se discutent donc ensemble : les procédés de découpe de précision et les adhésifs double face industriels dépendent du support qui les portera.
Décrivez votre pièce et votre ligne de pose : matière, dimensions, mode de pose, machine, sens de dévidage. Ces cinq éléments sont ce qu’il faut pour choisir un support qui tienne sur votre ligne.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le liner d’une pièce adhésive ?
C’est le support siliconé sur lequel la pièce reste jusqu’à sa pose. Il assure sa tenue et sa planéité, sa position dans la bande, et sa libération à une force donnée. On l’appelle aussi support dorsal, support siliconé ou release liner.
Glassine ou PET : lequel choisir pour une pose robotisée ?
Le papier siliconé couvre la majorité des poses machine et reste le support le plus courant du marché. Le film polyester se justifie sur les cadences élevées, les petites pièces et les ateliers dont l’hygrométrie n’est pas maîtrisée : il résiste mieux à l’humidité et tient mieux le repérage. L’arbitrage se fait avec la référence de l’applicateur en main.
Pourquoi le liner casse-t-il au dévidage ?
Deux causes dominent. Une découpe mi-chair descendue trop bas dans le support, qui laisse une amorce de rupture invisible à l’œil et qui cède sous traction. Ou un support trop fin pour le rayon de pliage et la vitesse de la machine. L’examen du dos de la bande à l’endroit de la rupture permet de distinguer les deux.
Peut-on avoir une pièce technique sans liner ?
En règle générale non, pas si elle est découpée à sa forme. Le support maintient la pièce à sa géométrie et à son pas entre la découpe et la pose. Les solutions sans support dorsal visent les étiquettes imprimées posées en continu.
Le liner se recycle-t-il ?
Le support papier se recycle mieux que le polyester : le guide matériaux d’Avery Dennison de 2021 indique 52 % des supports papier recyclés en Europe contre 25 % pour le PET. Si le volume de déchet de support compte chez vous, c’est un critère à mettre dans le choix de la famille, au même rang que la performance en pose.
Faut-il un onglet de préhension ?
Sur une pose manuelle, il évite que l’opérateur touche l’adhésif pour attraper la pièce. Sur une pose automatisée, il est en général inutile et peut même gêner. Dans les deux cas il se décide avec la conception de l’outil, donc au moment du chiffrage.
L’humidité de l’atelier peut-elle décaler les poses ?
Un support papier travaille avec l’humidité ambiante, ce qui peut modifier le pas sur une longue bobine et décaler les poses. Si votre atelier n’est pas climatisé, mieux vaut poser la question au moment du choix du support.